Valentin, vétéran irradié des tirs nucléaires
Valentin Muntz, 60 ans, est un vétéran des essais nucléaires français. Peut-être une victime, aussi. Pendant son service militaire en Algérie, entre mai 1961 et janvier 1963, ce routier angevin, aujourd'hui en retraite, a assisté à deux tirs de la bombe atomique au Sahara. Depuis, il est malade.
Son livret militaire est vierge. Couché sur le papier, à la page des campagnes et autres missions, un laconique « néant ». Selon l'armée, Valentin Muntz, vétéran des essais nucléaires du Sahara au début des années 60, n'est jamais allé en Algérie. Il ne peut fournir aucune preuve. Sauf sa bonne foi et une vieille valise décorée par ses camarades de régiment. La semaine dernière, le bureau des archives militaires de Pau a retrouvé enfin sa trace. La première pièce d'un dossier qui lui permettra d'établir, espère-t-il, des liens entre ses problèmes de santé et sa participation aux expériences nucléaires françaises. Les dates, malheureusement, ne correspondent pas. Selon l'administration militaire, le soldat Muntz a quitté l'Algérie le 30 octobre 1961, et n'y est jamais retourné. Le 7 novembre 1961, pourtant, il se trouve à 960 mètres du point d'impact de la bombe atomique, tirée dans le sous-sol de la montagne d'In Eker. « Quand l'onde de choc est arrivée, on s'est cramponné au 4x4.
Puis le sol a commencé à se crevasser sous nos pieds. On ne nous avait rien dit. Juste d'attendre là. » Valentin Muntz installait des sismographes sur les zones de tir. Six mois plus tard, le 1er mai 1962, il assiste à un second essai. Manqué celui-là ! « La montagne s'est soulevée puis une colonne de fumée noire est montée vers le ciel. Le vent a tourné et on s'est pris le nuage. » Valentin Muntz est resté sur place une heure, en short, en chemisette, et en chapeau de brousse. Des masques à gaz ? « Accrochés à la ceinture. On ne savait pas. » Au retour à la base de vie d'In Amguel, située à 40 km, il est passé trente fois sous la douche de décontamination. « Quand on sortait, ça faisait sauter le compteur Geiger. On m'a même frotté à la brosse à chiendent. » Soldats de France, un journal clandestin qui, en ce mois de mai 1962, circulait dans les casernes, évoque quinze blessés. Valentin Muntz retournera en Algérie une troisième fois, pour aller chercher, à mains nues, du matériel d'expérimentation à Reggane, l'autre site d'essais.
Il avait 20 ans. A son retour en France, il n'en a parlé à personne. Ni à ses parents ni à ses amis, à peine à sa future épouse. Pas question de trop en dire. « Les lettres des appelés qui parlaient de la bombe étaient interceptées par les officiers. Ils m'ont aussi confisqué les photos que j'avais prises dans la montagne. » Plus tard, il n'en parlera pas non plus à ses trois fils. « De toute façon, on ne me croyait pas. »
Ses problèmes de santé ont commencé en 1966, l'année de son mariage. « Depuis, je suis rarement en forme, constamment fatigué », lâche-t-il, timidement. De graves problèmes de dermatose, chute de cheveux, gencives meurtries, des ongles qui s'effritent, une tumeur qui pousse dans le dos... Des années de traitement : « On m'a brûlé à la neige carbonique. Je pleurais comme un gamin. » Il fait le voyage de Lourdes, a recours aux médecines parallèles : « Nous y avons laissé plus de 40 000 F » lance Lucienne, sa femme. Vers 30 ans, Valentin est défiguré. Sur des photographies, il paraît deux fois son âge. « J'en ai beaucoup souffert. On me posait des questions. Je ne disais rien. J'avais honte. »
Ils sont des dizaines dans le cas de Valentin Muntz. Souvent plus atteints que lui. Ils ont rejoint l'Association des vétérans des essais nucléaires. Tous sont persuadés que leurs problèmes de santé sont liés aux essais nucléaires. Michel Verger, responsable de l'Aven en Maine-et-Loire, dresse de tristes statistiques des 167 témoignages qu'il a recueillis. « Cancers : 51, décès : 21... »
Mais le combat risque d'être long. Et son issue incertaine. Le récent rapport parlementaire sur les conséquences environnementales et sanitaires des essais nucléaires français dans le Pacifique ou dans le Sahara fait état « d'hypothétiques problèmes de santé » et de « conséquences dérisoires ». Pour les vétérans malades, la pilule est dure à avaler. En janvier, une conférence au Sénat a rassemblé des anciens appelés du contingent, militaires de carrière ou personnels civils du Commissariat à l'énergie atomique. Ils ont témoigné. Valentin Muntz n'a pas parlé.
Mais il a beaucoup écouté. Rassuré, enfin, de voir qu'il n'était plus seul. Sur place, il a retrouvé Jacques, le pilote d'hélicoptère qui l'avait emmené sur les zones contaminées d'In Eker, quelques jours après le tir raté de mai 1962. Aujourd'hui, Jacques est aveugle. « Finalement, j'ai de la chance », soupire Valentin.
Ouest-France 05/03/02
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Association Moruroa e tatou
Siège : 403, boulevard Pomare
Papeete Tahiti
Tél : + 689. 430905
E-mail : moruroaetatou@mail.pf
B.P. 5456 98716 Pirae
Communiqué
Découverte de rapports secrets sur les essais nucléaires en Polynésie
Les Polynésiens demandent des explications et s'adressent à la justice
Papeete, mardi 17 mai 2005
Les révélations récentes publiées par la revue Damoclès sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les campagnes de tirs nucléaires en Polynésie en 1966 ont choqué les Polynésiens et particulièrement les habitants de Mangareva. Des rapports estampillés "Secret" de 1966, aujourd'hui retrouvés en intégralité, mentionnent des retombées radioactives considérables sur les îles et atolls habités proches de Moruroa et notamment sur l'île de Mangareva dans l'archipel des Gambier. Signés par des personnalités de la hiérarchie militaire qui à l'époque visitaient les insulaires en leur affirmant qu'ils ne couraient aucun danger, ces rapports recommandent de garder le secret sur l'ampleur de la contamination due aux premiers essais nucléaires, de minimiser les chiffres réels et de laisser les populations dans l'ignorance. En résumé, ces rapports laissent entendre que la poursuite du programme d'essais nucléaires a été prioritaire au regard de la protection des personnels et des populations.
En concertation avec leur avocat, Maître Jean-Paul Teissonnière, l'association Moruroa e tatou, Madame le maire et les habitants des Gambier, soutenus par l'association des Vétérans des essais nucléaires et par l'Observatoire des armes nucléaires/CDRPC, ont décidé de déposer une requête auprès du ministre de la Défense pour que soient rendus accessibles aux requérants toutes informations et documents leur permettant d'appréhender les conséquences sur leur santé et celle de leur descendance des essais nucléaires pratiqués en Polynésie française.
« Aujourd'hui, les Polynésiens entrevoient la vérité sur ce qui s'est passé réellement pendant la période des essais nucléaires, déclare Roland Oldham, président de Moruroa e tatou. Ils ont maintenant des preuves qu'on les a trompés sur la réalité des retombées radioactives qui peuvent expliquer l'ampleur des problèmes de santé subis, non seulement par les anciens travailleurs de Moruroa, mais aussi par l'ensemble de la population de la Polynésie. »
À l'issue d'une conférence de presse tenue ce jour dans les locaux de l'Église protestante maohi, le président et les dirigeants de l'association Moruroa e tatou ont déposé leur requête entre les mains du représentant du haut-commissaire de la République, lui demandant de la transmettre à Madame la Ministre de la Défense.
« Non seulement nous exigeons toute la vérité sur les essais nucléaires effectués ici par la France, mais nous décidons de demander justice. Depuis quelques jours, notre avocat a déposé une première série de demandes de reconnaissance de maladie professionnelle après de la Caisse de prévoyance sociale pour dix anciens travailleurs de Moruroa, dont quatre sont hélas décédés. Nous irons jusqu'au bout pour faire reconnaître les droits de toutes les victimes des essais nucléaires, qu'ils soient anciens travailleurs de Moruroa ou qu'ils aient été atteints dans leur santé par les conséquences des essais », a conclu Roland Oldham.
Contacts :
Moruroa e tatou : Tél. 466 666 - courriel : moruroaetatou@mail.pf
AVEN : Tél. 04 78 36 93 03 - courriel : aven@aven.org
Observatoire des armes nucléaires/CDRPC : Tél. 04 78 36 93 03 -
courriel : cdrpc@obsarm.org
Damoclès n° 112-114 de février/avril 2005, 46 pages, 10 euros port compris. Disponible auprès du CDRPC, 187 , montée de Choulans, 69005 Lyon.
**** REQUETE ****
Monsieur le Haut Commissaire,
Madame le Ministre de la Défense,
- L'Association MORUROA E TATOU,
ayant son siège 403, boulevard Pomare BP 5456 - 98716 PIRAE - PAPEETE – TAHITI - POLYNESIE FRANCAISE
représentée par son Président Monsieur Roland POUIRA OLDHAM, né le 3 octobre 1950 à PAPEETE, domicilié au siège de l'Association susvisée.
- L'Association des Vétérans des Essais Nucléaires Français
ayant son siège 187, montée de Choulans 69005 LYON
représentée par son Président le Docteur Jean-Louis VALATX, né le
6 février 1938 à PARIS 12ème., domicilié au siège de l'Association susvisée.
- L'Observatoire des Armes Nucléaires Françaises / CDRPC (Centre de Documentation et de Recherches sur la Paix et les Conflits)
ayant son siège 187, montée de Choulans 69005 LYON
représenté par son Président Monsieur Patrice BOUVERET, né le
12 janvier 1955 à Lyon 5 ème, domicilié au siège de l'Observatoire susvisé
- Madame Monique Richeton, Maire de la Commune des Gambier et les habitants de Mangareva soussignés
Ont l'honneur de vous exposer que :
Les révélations récentes sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les campagnes de tirs nucléaires réalisés en POLYNESIE au cours des années 1966 et 1967, démontrent que des incidents ont eu lieu entraînant des retombées radioactives considérables sur la POLYNESIE et en particulier sur MANGAREVA et que les personnels et populations concernés ont été tenus dans l'ignorance des risques qui ont été systématiquement tus ou minimisés.
De plus une étude réalisée par des épidémiologistes du cancer sur le cancer de la thyroïde en POLYNESIE FRANCAISE, montre que des anomalies chromosomiques sont trois fois plus importantes chez les patients polynésiens que dans un groupe de contrôle de patients européens.
Les chercheurs rattachés à trois laboratoires français spécialisés dont l'INSERM et l'Institut Gustave Roussy de VILLEJUIF ont publié leur étude dans l'European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging de février 2005.
Après avoir examiné les anomalies de l'ADN de patients polynésiens atteints de cancers de la thyroïde, les scientifiques laissent entendre que les retombées des 41 essais nucléaires atmosphériques qui ont été effectués au-dessus des atolls de MORUROA et de FANGATAUFA entre 1966 et 1974 auraient affecté la population polynésienne.
Cette étude vient confirmer les enquêtes préliminaires de santé menées par l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires, l'Association Polynésienne MORUROA E TATOU et l'Observatoire des Armes Nucléaires / CDRPC, qui démontrent que les personnels directement exposés sur les sites d'essais ont développé des cancers en nombre deux fois plus importants que la population française et que certains cancers du système sanguin sont jusqu'à cent fois plus fréquents.
Les présomptions des liens existant entre les pathologies actuellement présentées par une partie de population polynésienne et les essais nucléaires se renforcent d'autant plus vite que les témoignages se multiplient et confirment pour certaines époques d'importants défauts de précaution face au danger radioactif.
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