la preuve des discriminations entre les populations locales et les personnels du CEP
Après les retombées radioactives sur Mangareva en 1966,
les autorités du Centre d'expérimentation du Pacifique
ont décidé de construire des abris à Mangareva pour
la protection de la population et des personnels militaires.
Dans son démenti des informations de Damoclès du 19 mai
2005, le ministère de la défense affirme que "tout ce qui, de
près ou de loin, tend à laisser croire que dans les mesures
de sécurité prises au moment de cette campagne d'essais
nucléaires atmosphériques, des distorsions ou des
discriminations auraient été faites entre les protections dues aux personnels qui servaient les
expérimentations - qu'ils soient civils ou militaires - et les populations des régions concernées,
constitue des allégations sans fondement".
Photos à l'appui, voici la preuve du contraire !
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
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Les retombées sur Mangareva
Lyon, le 17 mai 2005
Polynésie : campagne d'essais nucléaires 1966 et 1967
Les retombées sur Mangareva
Les deux premières campagnes de tirs en 1966 et 1967 en Polynésie sont particulièrement importantes. En effet, la France reprend des essais atmosphériques qui avaient été abandonnés après le tir (raté) du 25 avril 1961 à Reggane au Sahara. De plus, l'environnement géographique de la Polynésie est radicalement différent de la zone désertique du Sahara et de nouvelles techniques de tir vont être testées : tirs sous ballon, tir largué depuis un avion, tirs sur barge, tir de « sécurité ».
Les documents montrent que les « expérimentations » ne concernent pas seulement la mise au point « en réel » d'un engin nucléaire. Ils décrivent également les méthodes de tir, l'adaptation des « expériences » aux conditions météorologiques de la région orientale de la Polynésie française, l'étude des retombées du nuage radioactif, les conséquences de l'explosion sur l'état de la faune et de la flore des atolls et de leur environnement maritime, le fonctionnement des systèmes d'alerte...
Preuves accablantes
Les documents de 1966 et 1967 relatent des faits montrant que les « conditions » des expérimentations ne sont pas toutes maîtrisables par les techniciens, météorologues, biologistes... Certes, des incidents se sont produits lors des premiers tirs et des effets inattendus se sont produits (retombées non prévues, par exemple), mais les rapports suggèrent que les expérimentateurs ont passé outre les risques connus, au mépris de la protection des personnels et des populations avoisinantes, pour pouvoir poursuivre leurs campagnes de tirs selon le calendrier prévu. La Direction des essais a même écarté des témoins extérieurs qui auraient pu être gênants pour la poursuite des programmes en ce sens qu'ils auraient alerté les populations polynésiennes.
La lecture des documents démontre à l'évidence que les services chargés de la sécurité ou de la protection radiologiques sont soumis à l'impératif des programmes d'essais nucléaires. Les rapports du SMSR signalent parfois les risques ou les problèmes de radioprotection, mais aucun de ceux que nous avons consultés ne remet en cause le programme d'essais en raison des risques qui sont constatés. Certains témoignages de vétérans affirment que le SMSR avait pour véritable mission, non la radioprotection, mais l'étude des conséquences des irradiations ou des contaminations sur les personnels, l'environnement. Le rôle du SMSR dans le cadre du CEP (Centre d'Expérimentation du Pacifique) illustre les dérives de la pratique de l'autocontrôle si fréquent dans des institutions liées aux Armées et au complexe nucléaire.
Le cas particulier des Gambier
La position des îles Gambier est particulière dans la configuration de l'organisation des essais. Le petit archipel se situe à l'Est/Sud-Est des atolls de Moruroa et Fangataufa, dans la direction des vents qui étaient censés pousser le nuage radioactif. On peut comprendre que les autorités, depuis Paris, aient voulu, avant même le début des essais, porter une attention particulière aux populations des Gambier. On verra que les recommandations des « experts » n'ont pas été suivies par les « expérimentateurs ». Les raisons invoquées pour passer outre ces recommandations, même après le constat de retombées radioactives importantes sur les Gambier, se rapportent principalement à la priorité à donner au programme des essais. À la lecture de certains passages de ces documents transparaît le mépris des populations, notamment des autochtones.
Documents contradictoires
Les documents, émanant de services différents, ne sont pas tous cohérents entre eux. Les rédacteurs sont différents et s'expriment parfois sur une période très précise (retombées sur Mangareva après le 2 juillet 1966, notamment), d'autres font une synthèse destinée à leur hiérarchie. Certains documents, apparemment diffusés auprès d'un nombre très restreint de destinataires, constituent de véritables cris d'alarme. D'autres minimisent les effets des essais, notamment ceux qui sont destinés au rapport annuel que les puissances nucléaires devaient fournir à l'Unscear 1.
De plus, on constatera que les données fournies par le ministère de la défense en 1998 pour les besoins de l'enquête de l'AIEA (Agence Internationale pour l'Energie Atomique) sont loin de refléter la réalité de ce qui s'est réellement produit en 1966 au vu des rapports de l'époque.
Bruno Barrillot
1) Comité scientifique des Nations Unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants.
Pour en savoir plus, Damoclès publie un dossier spécial sur les retombées des premiers essais nucléaires français en Polynésie.



