« Retour au blog de francenucleaire

Le Réveil des Irradiés !

Le Réveil des Irradiés !
Contre le silence de l'armée française sur les cancers éventuellement liés aux essais nucléaires.

LE RÉVEIL DES IRRADIÉS

Une association de «vétérans des essais nucléaires», en contact avec 380 malades, plus de 3000 membres Vétérans et 1155 contacts, dénonce l'inertie de l'armée. Elle réclame une étude épidémiologique sur tous les personnels civils et militaires qui ont été exposés depuis 1960.

13 février 1960, dans le Sahara. Gerboise bleue, la première bombe atomique française, vient d'être testée avec succès. «Hourra pour la France!» s'écrie le général de Gaulle. Gérard Dellac effectue alors son service militaire au 620e groupement des armes spéciales. Un officier lui demande de le conduire en Jeep au «point zéro», à l'endroit exact où l'explosion nucléaire a eu lieu quelques heures auparavant. Pour y planter un drapeau tricolore ! A peine arrivés sur place, un hélicoptère les survole et leur ordonne de s'en aller immédiatement. De retour à la base de Reggane, en Algérie, on les passe au compteur Geiger et on découvre des poussières radioactives dans les cheveux. Direction la douche, pour décontamination.

«Je ne suis même pas allé à l'infirmerie. Rien !» raconte aujourd'hui Gérard Dellac. En 1991, trente et un ans plus tard, un médecin diagnostique chez lui un cancer de la peau (lésions spino-cellulaires) sur le visage. Gérard Dellac subira au total neuf opérations, dont l'une au cours de laquelle un chirurgien lui enlèvera l'oreille droite. Ce plombier du Tarn demande alors réparation à l'armée. L'affaire traîne. En janvier 2001, la Cour des pensions le déboute. En ces termes: «Le livret médical porte trace d'une irradiation. [...] Ce facteur peut constituer un risque supplémentaire de cancer de la peau au même titre que le soleil». Il est donc «impossible de déterminer une relation directe et certaine de cause à effet». L'affaire attend toujours d'être jugée en appel.

Le cas de Gérard Dellac n'est pas unique. Créée en juin 2001, l'AVEN (Association des Vétérans des Essais Nucléaires) (1) regroupant plus de 3000 membres Vétérans est en contact avec plus de 380 malades anciens militaires, salariés du CEA (Commissariat à l'énergie atomique). Ou avec leur veuve... Aucune certitude scientifique, mais beaucoup de questions. Et surtout la volonté de «faire la lumière sur l'impact sanitaire des essais nucléaires», comme l'explique Bruno Barrillot, l'un des animateurs de l'association et auteur de l'Héritage de la bombe (2). «Ceux qui nous contactent sont évidemment ceux qui ont des problèmes. Quatre cents cas, c'est important mais pas forcément significatif. Mais une chose est certaine: il y a véritablement matière à aller plus à fond dans les études médicales», affirme le Docteur Jean-Louis Valatx, président de l'association et ancien médecin militaire. L'association des Vétérans est en contact étroit avec une organisation polynésienne, «Mururoa e Tatou», qui rassemble environ 850 anciens travailleurs du nucléaire. En Polynésie, les essais ont duré de 1966 à 1996, les tests atmosphériques ayant cessé en 1974 au profit des essais sous-terrains. Aucune information n'est en revanche disponible sur l'état de santé des populations touareg du Sahara, où les premiers essais français ont eu lieu, entre 1960 et 1966.

Les yeux fermés

C'est pourtant en Algérie que les essais nucléaires se sont le plus mal passés. Les conditions de l'époque laissent songeur. Ainsi, une «note de service», classée «secret», précisait la dotation en «lunettes spéciales» pour le «jour J»: à l'exception des «expérimentateurs appelés par leurs fonctions à observer l'explosion», l'armée prévoyait «une paire de lunettes pour 40 personnes environ»... Mieux, «les membres des familles de militaires ou fonctionnaires présents à Reggane sont autorisés à assister à l'explosion». Suivent les consignes de sécurité : «le personnel se tiendra assis par terre, le dos tourné à l'explosion, les yeux fermés et masqués par un bras replié [...] Le personnel devra éviter d'exposer la peau nue (mains dans les poches, utilisation du chèche)». Ça, c'était pour une explosion en temps normal.

Rien n'était prévu pour les fiascos. Comme celui du 1er mai 1962, lors de l'essai «Béryl» à In-Eker (Algérie). Un test sous-terrain pour lequel un tunnel avait été creusé dans une montagne granitique, la Taourirt Tan Afella, au nord de Tamanrasset. Au moment du tir de l'arme atomique, les calculs des physiciens se sont révélés faux. Plus forte que prévue, l'explosion a fait sauter le bouchon du puits. Michel Dessoubrais, appelé au 621e groupement des armes spéciales, y était: «Avec ma patrouille, nous étions à une dizaine de kilomètres. Le sol tremblait et une très grande flamme horizontale est sortie de la montagne. Puis un grand nuage de fumée noire. Ce n'était pas normal, mais nous ne savions pas quoi faire. Nous avons mis nos masques à gaz et nous sommes restés près de trois heures sur place. Des gars en combinaison sont arrivés pour faire des prélèvements et nous ont dit de foutre le camp». Les neufs militaires sont décontaminés: «Sous la douche, deux gars m'ont frotté pendant plus de trois heures. Et on m'a rasé les cheveux.» Une semaine plus tard, les soldats sont transférés à l'hôpital Percy de Clamart, en région parisienne. «On nous a mis dans le pavillon des officiers, avec des gendarmes à l'entrée.» Pendant près de trois mois, les examens se succèdent, jusqu'à deux ou trois prises de sang quotidiennes. «On ne nous a jamais donné aucun résultat», assure Michel Dessoubrais, aujourd'hui retraité dans l'Indre.

Libéré, Michel Dessoubrais obtient une pension d'invalidité temporaire (trois ans) à 10 %. «Des séquelles? Ce que je sais, c'est que nos deux premiers enfants sont morts à la naissance. Mais ce n'est peut-être pas à cause de cela», dit-il. Michel Muller était également sur place le 1er mai 1962, comme pilote d'hélicoptère. Il est aujourd'hui aveugle, mais le ministère de la Défense estime que sa cécité «n'est pas imputable au service». L'accident de l'essai «Béryl» aurait pu tourner à l'affaire d'Etat: deux ministres assistaient en effet au tir et ont directement été touchés par les retombées: Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique. A 85 ans, le premier se porte bien; le second est mort d'un cancer en 1984, convaincu d'être une victime d'In-Eker.

Plus de 76 000 personnes concernées

Comment savoir? «Il n'y a jamais eu aucune étude sur les anciens militaires et civils des essais nucléaires», regrette Florent de Vathaire, épidémiologiste de l'Inserm. Ce chercheur de Villejuif étudie leur impact sur la santé de la population polynésienne, qui aurait pu être victime de retombées radioactives entre 1966 et 1974. «Nous avons pu constater qu'il n'y a pas eu de gros problèmes, explique-t-il. Mais maintenant nous voulons aller plus loin, avec une étude plus fine sur les cancers de la thyroïde. Or, nous n'avons aucun financement public pour le faire...». «Rien n'autorise à dire que les vétérans n'ont pas été contaminés lors des essais, mais rien ne le prouve non plus. Ce qui est sûr, c'est que certains sont psychologiquement traumatisés» (Comme d'habitude le nucléaire n'est pas dangereux sauf pour la santé mentale, c'est une découverte russe due à Tchernobyl), dit le député (PS, Nord) Christian Bataille (qui fait partie du lobby pronucléaire), coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français. Cet élu reconnaît qu'il «sera peut-être nécessaire de procéder à une étude épidémiologique sur l'ensemble de cette population».
Nota : Cet Elu est coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français, rapport qui n'a pas étudié les effets sur la santé, mais à quoi est-il payé ?!!!
Voir ------> Commission d'enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française.

«Une telle étude est l'une des principales revendications de l'association des Vétérans», confirme Bruno Barrillot. D'autres pays ont donné l'exemple. L'Australie et la Nouvelle-Zélande, directement concernés par les essais britanniques, ont entamé de vastes recherches. En Grande-Bretagne, les militants de la British Nuclear Veterans Association ont contraint le gouvernement à réexaminer le dossier. Aux Etats-Unis, Washington reconnaît depuis 1988 le «principe de présomption», dispensant les malades de faire la preuve que leur affection est due à leur participation aux essais ou leur simple présence à proximité. Mais dans la réalité les vétérans atomiques sont rarement indemnisés. L'association des Vétérans réclame que la France se dote d'une législation similaire.

Combien d'hommes sont concernés? Le Commissariat à l'énergie Atomique (CEA) possède des chiffres. Anne Flüry-Hérard, médecin au cabinet du haut-commissaire: «En nous basant sur les dosimétries, nous savons qu'il y a environ 24 000 personnes au Sahara et 52 750 en Polynésie.» Au total, 76 750 personnes ont donc participé aux essais: des militaires, du personnel du CEA ou d'entreprises sous-traitantes, comme Thomson. Parmi eux, des populations locales: les PELO (personnels laborieux des oasis) en Algérie, puis les Polynésiens. Selon le CEA, 26 % des personnels ont été en contact avec des éléments radioactifs dans le Sahara et seulement 7 % dans le Pacifique. «Il s'agit essentiellement de doses extrêmement faibles, assure Anne Flüry-Hérard. Si l'on prend le seuil de 100 millisiverts, à partir duquel on peut commencer à avoir un risque de cancer, nous avons deux cas en Polynésie - des pilotes qui allaient faire des prélèvements dans les nuages radioactifs - et quarante-neuf dans le Sahara, la plupart liés à l'accident Béryl.»
(Nota : Non il n'y a aucun seuil, cette personne en affirmant cela est en contradiction avec tous les règlements internationaux sur le nucléaire !)

«Bureaucratie un peu lourde»

Tout a-t-il été correctement enregistré à l'époque? Ce n'est pas certain. «Nous avions un dosimètre pour quatre ou cinq militaires. C'est le chef qui l'avait», raconte Gérard Dellac. Au service de santé des armées, on reconnaît qu'il peut y avoir des trous. «Nous n'avons pas retrouvé la trace de certains personnels qui ont pu aller dans le Sahara pour une mission sans y être affecté», constate le médecin chef Christian Estripeau, pour qui il y a «sûrement» des affections liées au nucléaire.

Le Docteur Jean-Louis Valatx Président de l'association des Vétérans et ancien médecin militaire demande un «accès aux dossiers médicaux militaires en levant le secret-défense qui n'a pas lieu d'être». Cet accès au dossier, qui permet d'appuyer une demande de pension, est libre, à condition que la demande soit faite par le médecin traitant. En revanche, les veuves des vétérans rencontrent des difficultés pour y accéder. La loi sur le droit des malades autorise les patients à demander directement leur dossier, mais ce nouveau texte n'est applicable en Polynésie française - un territoire d'outre-mer - que si le gouvernement le souhaite. «En Polynésie, nous n'avons aucune demande de dossier médical», explique un officier supérieur qui a été en poste à Tahiti. «Aucun médecin ne peut fournir les dossiers médicaux lorsque c'est une association qui les réclame, reconnaît le chercheur Florent de Vathaire. En fait, les gens s'y prennent mal.»
Voir --------> Tahiti et la nécessité des enquêtes épidémiologiques

En métropole, les dossiers des anciens militaires sont conservés dans plusieurs endroits: les suivis dosimétriques à Clamart, les dossiers médicaux à Pau et les archives hospitalières à Limoges. Quant aux demandes de pensions, c'est le secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants qui s'en charge. Mieux vaut frapper à la bonne porte. Dans l'entourage du ministre de la Défense, on reconnaît l'existence d'«une bureaucratie un peu lourde» et l'on réfléchit à la création d'une «interface» pour mieux répondre aux «demandes légitimes». Après les élections ?

Par Jean-Dominique MERCHET

(1) AVEN Siège Social
Association des Vétérans des Essais Nucléaires
187, montée de Choullans
69005 LYON.
Tél.: 04 78 36 93 03.
Sur le Net: www.aven.org
E-mail : aven@aven.org
Liste des délégués départementaux

L'AVEN a pour but de soutenir la cause de tous les Vétérans et, particulièrement, ceux porteurs de maladies radio-induites, en intervenant auprès des autorités administratives et judiciaires pour obtenir :

- Le recensement des personnels civils et militaires qui ont travaillé aux Centres d'Expérimentation du Sahara et du Pacifique.
- L'accès aux dossiers médicaux militaires des personnels des essais, en levant le " secret défense ".
- La présomption d'origine des maladies radio-induites.
- Une Commission du suivi des essais nucléaires.
- Un fonds d'indemnisation des victimes civiles et militaires des essais nucléaires et un droit à pension pour les personnels civils et militaires et leurs ayants droit.

Nota : L'association sollicite l'aide de juristes, médecins, scientifiques et journalistes pour mener à bien sa mission.

(2) L'Héritage de la bombe, éditions CDRPC, 320 pages, 18 a.

-------------------

Pour une reconnaissance des effets des expérimentations nucléaires en Polynésie

Papeete - Tahiti : 26 juillet 2003

Il y a maintenant 40 ans que le CEP Français s'installait en Polynésie grâce au don des atolls de Moruroa et Fangataufa du Territoire de Polynésie à l'Etat Français. Pendant les 30 années que dureront les essais nucléaires, 4700 travailleurs polynésiens seront embauchés pour construire le site, les infrastructures, les plateformes de tir, les forages souterrains et pour récupérer au fond du lagon les matériels.
46 essais atmosphériques, les plus nocifs, seront effectués de 1966 à 1974. Des incidents atmosphériques ont entraîné des contaminations du site, des îles et des atolls les plus proches. 147 essais souterrains seront effectués de 1975 à 1996. Ces essais, normalement moins nocifs, seront également émaillés d'accidents avec des fuites de gaz radioactifs en surface, qui seront constatés et mesurés par l'AIEA.
Pendant ces essais, les autorités civiles (CEA) et militaires françaises ont toujours affirmé publiquement que ces essais étaient " propres ", qu'elles avaient la maîtrise totale des techniques, qu'elles assuraient la protection et un suivi rigoureux des personnels et de l'environnement, enfin que " tout est impeccable, il n'y a rien à voir, circulez ", black-out total.
Malheureusement, 40 ans après la réalité est tout autre. Aujourd'hui, plus de 1000 anciens travailleurs polynésiens ont des problèmes de santé qu'ils attribuent à leur séjour à Moruroa. Et comment pourrait-il en être autrement puisqu'à aucun moment, à l'embauche, pendant les séjours et au départ du CEP, les travailleurs n'ont pas été informés des risques qu'ils encourraient, ni des résultats biologiques et dosimétriques des examens que le service de santé des Armées leur faisaient : " Tout va bien !! Bon pour le service "
La réalité est tout autre, car plusieurs années après des travailleurs sont atteints de maladies malignes que ni le service de santé des Armées, ni l'assurance maladie ne veulent reconnaître comme maladies professionnelles imputables au service.
Comment se fait-il que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande reconnaissent les risques encourus par leurs personnels civils et militaires et déterminent par voie législative la liste de 21 maladies malignes (cancers) imputables à la présence sur les sites ? Les ingénieurs civils et militaires français seraient-ils beaucoup plus intelligents que leurs homologues anglo-saxons ? Les travailleurs polynésiens seraient-ils beaucoup plus résistants à la radioactivité que les travailleurs nord-américains, anglais, australiens et néo-zélandais ?
Non, le CEA et le ministère de la Défense, convaincus de leur puissance technique, rassurés par le dispositif de protection et les rapports de l'AIEA, se sont enfermés dans une attitude hautaine, arrogante, voire méprisante et ne veulent pas admettre qu'il n'y a pas de nucléaire propre et que des incidents et accidents ont bien eu lieu, entraînant des contaminations radioactives des personnels et de l'environnement.
Il faut que la vérité soit faite, que les archives du CEA et du ministère de la défense soient ouvertes, qu'une loi reconnaisse les maladies imputables à l'exposition sur les sites et qu'un fond de compensation soit créé pour les travailleurs malades et leurs familles et que des expertises dosimétriques soient effectuées par des experts indépendants sur l'ensemble du territoire polynésien et enfin que des mesures soient prises pour contrôler les déchets nucléaires enfouis dans les atolls de Moruroa et Fangataufa.
Les associations, les Eglises, les partis politiques et les personnalités signataires demandent au Président de la République française ainsi qu'au Président-Sénateur de Polynésie française que les revendications des anciens travailleurs polynésiens et de l'ensemble du peuple polynésien soient prises en compte :

- Reconnaissance par l'Etat de sa responsabilité dans la santé des anciens travailleurs et des populations affectées par les retombées des essais.
- Vote d'une loi au Parlement sur le suivi sanitaire des essais nucléaires.
-Indemnisation des victimes et des familles des anciens travailleurs.
- Ouverture des archives pour que la vérité soit faite sur l'innocuité prétendue des essais.

Signataires (au 26 juillet 2003)

Associations, Eglises, Partis politiques, Personnalités :

- Association Moruroa e tatou
- Eglise Evangélique en Polynésie française
- Fetia Api Heiura
- les Verts Polynésiens
- Ia Mana te Nunaa
- Te Hono e tau i te honoauì
- Philip Schyle, Maire de Arue, Président du Fetia Api

Conseillers à l'Assemblée de Polynésie Française :

- Dominique Amiot, conseiller territorial de Polynésie française
- William Aumeran, conseiller territorial de Polynésie française
- Tamara Bopp Du Pont conseillère territoriale de Polynésie française
- Nicole Bouteau, conseillère territoriale de Polynésie française
- Loïc Brigato, conseiller territorial de Polynésie française
- Rosine Chin Foo, conseillère territoriale de Polynésie française
- Valentina Cross, conseillère territoriale de Polynésie française
- Tilda Fuller, conseillère territoriale de Polynésie française
- Antony Geros, conseiller territorial de Polynésie française
- Unutea Hirshon, conseillère territoriale de Polynésie française
- Henriette Kamia, conseillère territoriale de Polynésie française
- Victor Maamaatuaihutapu, conseiller territorial de Polynésie française
- Antonio Perez, conseiller territorial de Polynésie française
- Jean-Marius Raapoto, conseiller territorial de Polynésie française
- James Salmon, conseiller territorial de Polynésie française
- Hirohiti Tefaarere, conseiller territorial de Polynésie française
- Oscar Temaru, conseiller territorial de Polynésie française, Maire de Faa'a
- Noa Tetuanui, conseiller territorial de Polynésie française
- Marie-Laure Vanizette, conseillère territoriale de Polynésie française


------------------

Lettre ouverte à M. de la Graviére (7 avril 2005)

Lettre ouverte à

Monsieur Jurien de la Gravière
Délégué à la sûreté nucléaire et à
la radioprotection pour les activités
et installations intéressant la Défense

Monsieur le Délégué,

Votre invitation à vous rencontrer le vendredi 8 avril 2005 durant une heure pour nous présenter l'état des travaux réalisés et la programmation de ceux en cours ne saurait évidemment nous satisfaire.

Il ressort de l'entretien que nous avons eu avec un conseiller du Président de la République lors de leur passage à Papeete en juillet 2003 et l'annonce qui a été faite à la presse en Polynésie par la suite, Jacques Chirac a pris l'engagement de mettre en place un suivi interministériel "avec les personnes et les services concernées". Cette déclaration ne laisse donc aucun doute quant à la participation active de l'association Moruroa e Tatou et celle de l'AVEN, représentant les vétérans des essais nucléaires de France.

Or, il semble que le comité de liaison pour la coordination de suivi sanitaire des essais nucléaires (CSSEN) ne soit uniquement composé de représentants des ministères de la Santé et de la Défense, c'est-à-dire des seules institutions dont la responsabilité pourra être mise en cause. L'on ne saurait davantage être juges et parties ! Vous comprendrez que les victimes des essais nucléaires qui, nous vous le rappelons, ont duré trente ans, ne sauraient admettre l'existence d'une nécessaire objectivité dans le résultat des travaux que vous souhaitez leur exposer en seulement une heure.

La justification de notre exclusion selon laquelle les travaux de ce comité sont scientifiques, n'est pas acceptable. Avant tout, les travaux doivent prendre en compte l'aspect humain des conséquences sur la santé des anciens travailleurs. Cependant, l'association AVEN comprend des scientifiques capables de tenir le niveau des débats qui pourraient avoir lieu pour obtenir et comprendre ce qui intéresse nos associations. A savoir : les rapports des missions chargées de la protection radiologique et du contrôle biologique lors des essais de
1966 à 1996 ( SMSR, service mixte de sécurité radiologique et SMCB, service mixte de contrôle biologique) ; connaître les mesures précises qui ont réellement été prises pour la protection radiologique des personnels des sites ; obtenir les rapports sur les conditions radiologiques à Moruroa et Fangataufa au retour des personnels sur les sites après chaque essai. Cette liste n'est évidemment pas exhaustive, tous les moyens utiles à la recherche de la transparence et de la vérité sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires doivent aller de soi. Il n'entre évidemment pas dans nos projets de connaître les secrets de fabrication d'une bombe.

Pour toutes ces raisons, vous concevrez que, d'une part, nous ne nous rendons pas à la convocation du 8 avril ; d'autre part, les associations Moruroa e Tatou et AVEN soient intimement liées et ne sauraient être ni exclues, ni séparées dans les réunions de travail dudit comité.

Nous restons à votre disposition pour envisager un dialogue sur cette base, conformément à l'engagement pris par le président de la République.

Veuillez agréer, Monsieur le Délégué, l'expression de nos sentiments distingués.

Roland Pouira OLDHAM
Président de Moruroa e Tatou

Commentaire :
Le Comité de liaison n'a toujours pas inclu les Associations représentatives Moruroa e Tatou et AVEN !!!


# Posté le mardi 24 janvier 2006 17:57
Modifié le vendredi 06 juillet 2007 06:37

« Article précédent : L'opportunité de la création d'une commission...

Article suivant : Comment les Vétérans étaient informés des... »