Les cancers de Mururoa - (l'Express du 13.03.2006)
par Laurent Simon
Une étude soulève à nouveau la question des conséquences des essais nucléaires sur la santé des populations polynésiennes
Les Polynésiens tiennent peut-être là l'une des preuves qu'ils attendaient. Dans une récente étude, des chercheurs de l'Institut Gustave-Roussy et de l'Inserm ont comparé le risque de voir apparaître des malformations chromosomiques chez 50 «métropolitains» et 30 patients polynésiens atteints de cancer de la thyroïde. Ces résultats, publiés dans le dernier numéro de l'European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, sont sans appel: ce taux est trois fois supérieur dans le deuxième groupe. «Sans exclure d'autres facteurs, on ne peut pas ne pas penser aux essais nucléaires», constate Dominique Violot, l'un des auteurs de l'étude. D'autant que ce type de malformation est souvent consécutif à une exposition à la radioactivité, et que ce soupçon n'est pas isolé. «Nous savons déjà que le taux de cancers de la thyroïde est deux fois plus élevé dans la population polynésienne que chez les Maori ou les Hawaïens», analyse Florent de Vathaire, épidémiologiste à l'Inserm et coauteur de l'étude.
Entre 1966 et 1996, date du dernier essai nucléaire, les lagons polynésiens de Mururoa et de Fangataufa se sont troublés 193 fois. Une puissance équivalant à 700 fois la bombe d'Hiroshima. Reste maintenant à prouver que ce n'était pas sans conséquences pour les 250 000 Polynésiens qui vivent aux alentours. «Nous avons réalisé une étude pour analyser précisément ce lien, affirme Florent de Vathaire, les résultats arriveront dans six mois.» Ce sera peut-être alors l'épilogue scientifique d'une histoire vieille de quarante ans. Et son envol judiciaire.
l'Express du 13.03.2006
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Visite à Tahiti de M. Jurien de la Gravière, Délégué à la sûreté nucléaire français (Minsitère de la Défense nationale).
Compte-rendu de Bruno Barrillot, Expert de la Commission d'Enquête de l'Assemblée de Polynésie, Auteur des Irradiés de la République.
Papeete, 15 mai 2006
Arrivé le matin même à Tahiti, le Délégué à la sûreté nucléaire militaire, M. Jurien de la Gravière, commence bien mal sa mission qui a pour objet d'informer les Polynésiens sur la réalité des essais aériens qui se sont déroulés à Moruroa de 1966 à 1974. Trois heures de réunion avec le Conseil d'orientation sur le suivi des essais nucléaires mis en place par le Gouvernement de M. Oscar Temaru et présidé par M. Jacqui Drollet, vice président du Gouvernement, n'ont pas réussi à lever les suspicions et malentendus.
De son côté, M. de la Gravière souhaitait "recadrer" le rapport de la Commission d'enquête de l'Assemblée de Polynésie sur les essais aériens avec une relecture de chaque essai quant à la météorologie et aux retombées sur les îles habitées. Le Délégué a dû distribuer ses dossiers sans les commenter puisque, de son côté, le Conseil d'orientation souhaitait des réponses concrètes sur les cinq points qu'il avait inscrits à l'ordre du jour.
A la demande d'un suivi médico-social des anciens travailleurs polynésiens de Moruroa et des populations voisines des anciens sites d'essais, le Délégué suggéra qu'il serait possible de faire une étude de suivi sur la population de Mangareva puisqu'un "point zéro" sanitaire avait été fait avant 1966 sur les 470 habitants de l'île. Et certains de s'étonner que, 40 ans après, on pense subitement à ce "suivi" médical des mangaréviens alors que le ministère de la défense avait déjà dans ses archives le point de départ d'une telle étude. Quant aux anciens travailleurs de Moruroa, il semble insurmontable à l'administration du ministère de la défense d'en fournir la liste pourtant nécessaire pour faire une étude sérieuse.
"Impossible ? répond M. Marius Chan, membre du Conseil d'orientation et ancien gendarme à Moruroa. Le travail de notre brigade de gendarmerie de Moruroa consistait pourtant à noter scrupuleusement toutes les personnes, civils ou militaires, qui mettaient pid à Moruroa. Les archives de la gendarmerie possèdent donc ces listes qui doivent nous être fournies."
La demande d'une étude radiobiologique sur un groupe d'anciens travailleurs de Moruroa est carrément rejetée. "J'ai lu les études qui ont été publiées. Elles sont pratiquement toutes contestées. On ne va pas mettre de l'argent dans des études qui ne prouvent rien," répond le Délégué. "Il se trouve pourtant que de telles études permettent de mesurer aujourd'hui, les dysfonctionnements de l'ADN dus à une dose de radioactivité reçue 30 ou 40 ans auparavant", répond le Dr Gilles Soubiran, directeur de cabinet de Mme Pia Hiro ministre de la santé.
Autre point : la réhabilitation des îles ocuppées par les militaires du temps de essais. Là encore, le malendentu est profond, nous avons fait le point radiologique à Mangareva, Tureia et Hao avant de partir...
"Vous verrez tout cela dans les documents que nous avons apportés", dit M. de la Gravière. "Mais c'est vous qui faisiez les essais, rétorque M. Jacqui Drollet, et c'est encore vous qui voulez faire les vérifications !"
De toute façon, la réponse pour Hao qui fut la base avancée des essais aériens et où des opérations lourdes de décontamination ont eu lieu, c'est "niet".
Et les membres du Conseil apprennent tout de go que les déchets contaminés ont été jetés à l'océan - on a même eu droit aux dates de rejets et aux quantités - mais que c'est sans risques et que, de toute façon, c'était conforme à la Convention de Londres sur l'interdiction des rejets en mer de déchets radioactifs, puisque la France avait précisé en la signant qu'elle se réservait le droit de rejet si c'était dans l'intérêt de la défense nationale... M. de la Gravière se rendra jeudi à Hao et pourra, s'il ne joue pas à Colin Maillard, constater que sa vision de l'état écologique de Hao n'est pas si conforme à ce que lui en disent ses conseillers.
Quant à faire une étude radiologique indépendante à Moruroa... Là encore, c'est inutile, l'AIEA l'a fait. A la rigueur, le ministère de la défense pourrait admettre que des experts désignés par le gouvernement de la Polynésie puissent participer au système de surveillance de Moruroa. C'est certainement un des rares points positifs de la discussion.
Les membres du Conseil d'orientation, et Mme Unutea Hirshon particulièrement, se sont insurgés de la manière dont le "voyage d'information à Moruroa et dans les îles" avait été organisé par M. Jurien de la Gravière. Non seulement l'information sur ce voyage n'est pas parvenue au gouvernement de la Polynésie dans des délais raisonnables... mais de plus, les représentants du Conseil d'orientation, organisme mis en place par le gouvernement, ne sont pas invités à se rendre dans les iles de Mangareva, Tureia et Hao où seuls, le Délégué et ses accompagnateurs se rendront pour "informer" les populations locales. "Il n'est pas tolérable qu'on veuille nous montrer la prolifération des "aitos" (arbres de fer) sur Moruroa vide de population, et qu'on nous exclut de la rencontre avec les gens des îles.
A-t-on peur que le discours rassurant sur l'innocuité des essais soit contredit par les responsables du Pays ?", dit Unutea Hirshon. Pour bien marquer son mécontement, M. Jacqui Drollet déclara que personne du gouvernement ou du conseil d'orientation ne se rendra à cette visite "mascarade" de Moruroa comme on en a connu tant d'autres du temps du précédent gouvernement de Gaston Flosse.
Bruno Barrillot
Expert de la Commission d'Enquête de l'Assemblée de Polynésie
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Et maintenant : Vu par la presse locale (non présente à la réunion du Conseil d'orientation) à travers les déclarations officielles !
Article de Tahiti Presse.
(Tahitipresse) - La mission "transparence" qu'effectue actuellement le Délégué à la sûreté nucléaire a conduit, mardi, au déplacement d'une délégation d'élus et de journalistes sur "l'atoll du grand secret", dénomination communément attribuée à Moruroa (archipel des Tuamotu). Sur place, Marcel Jurien de la Gravière s'est voulu rassurant quant au suivi du site d'expérimentations nucléaires ainsi qu'aux conséquences des essais aériens, en s'appuyant notamment sur les dossiers qu'il a remis, lundi, aux officiels du Pays.
C'est au pas de course que les invités du Délégué à la sûreté nucléaire ont parcouru les diverses infrastructures de l'atoll de Moruroa. Malgré l'absence des membres du conseil polynésien d'orientation sur les conséquences des essais nucléaires, qui ont décidé de boycotter la visite, le président de l'Assemblée Philip Schyle, la députée Béatrice Vernaudon et le représentant Temaurii Foster, également maire de Hao, avaient pour leur part tenu à faire le déplacement, ainsi que deux membres de l'association "Tamarii Moruroa" qui regroupe des anciens travailleurs des sites nucléaires plutôt "fiers" d'avoir participé à cette "aventure".
Du poste d'enregistrement avancé (PEA) "Denise" au nord de l'atoll, à celui du contrôle de tir, toutes les "portes" de Moruroa ont été ouvertes à ces visiteurs d'un jour, même si la plupart des infrastructures de l'atoll sont aujourd'hui vides.
Bien que soulignant que chacun des 41 tirs aériens - auxquels s'ajoutent 5 essais dits de sécurité qui n'auraient pas donné lieu à un dégagement d'énergie nucléaire - avaient provoqué des retombées radioactives, Marcel Jurien de la Gravière et son équipe ont toutefois martelé, à de multiples reprises, que ceux-ci n'avaient aucunement eu de "conséquences catastrophiques" pour les populations.
Six essais "significatifs"
Présentant les dossiers qu'il a remis, la veille, aux officiels du Pays, le Délégué à la sûreté nucléaire a précisé que dix essais nucléaires étaient "à prendre en compte" et que six d'entre eux, effectués entre 1966 et 1974, avaient été "significatifs".
Selon le document, ces derniers auraient provoqué des retombées sur les atolls de Hao, Tureia, Reao, Hereheretue (tous les quatre dans l'archipel des Tuamotu), la commune de Hitiaa à Tahiti et dans les îles Gambier.
Toutefois, "avec les critères de 2006 dans le milieu industriel du nucléaire on appellerait ça des 'incidents à déclarer' (...) Je n'ai aucun état d'âme à tenir ces propos'", a tempéré Marcel Jurien de la Gravière avant de préciser que, pour aucun de ces essais, il n'y avait eu besoin de recourir à une limitation de la consommation des produits de la zone ou à l'administration d'iode, substance qui prévient l'apparition de cancers de la thyroïde.
Pour le Délégué à la sûreté nucléaire, plusieurs éléments du dossier répondent de ce fait "aux interrogations de la commission d'enquête" (sur les conséquences des essais nucléaires) que l'assemblée de la Polynésie française avait mise en place, même si diverses données contredisent le rapport effectué par la CRIIRAD (Commission de Recherche d'Informations Indépendante sur les Radiations) pour le compte de ladite commission.
Une attention de tous les instants de la part du ministère de la Défense En outre, la délégation conduite par Marcel Jurien de la Gravière a assuré que les sites français en Polynésie faisaient l'objet d'une attention de tous les instants. Moruroa est en effet doté de multiples capteurs destinés à mesurer, au quotidien, le taux de radioactivité dans l'air ou encore le moindre mouvement du socle sous marin.
De même, selon ces experts du ministère de la Défense, des matériaux contaminés ont été enfouis dans trois "puits" distincts (deux à Moruroa et un à Hao) profonds de plusieurs centaines de mètres mais également immergés au large de Moruroa et Hao, parfois "en vrac", par 2000 à 3000 mètres de fond.
Ces immersions concernent quelques 3188 tonnes de matériels et le procédé employé, selon le rapport du délégué à la sûreté nucléaire, a strictement respecté "la réglementation internationale" en la matière.
Cette opération "transparence" du ministère de la Défense a semble-t-il satisfait, en partie, la députée Béatrice Vernaudon qui affichait néanmoins un certain scepticisme. "On sent que l'État a vraiment envie d'ouvrir l'histoire des essais (...) Maintenant nous ne sommes pas des spécialistes. Nous voudrions être persuadés de l'assurance de cette sécurité. Il faut un débat contradictoire pour qu'un jour on puisse fermer le dossier des conséquences des essais nucléaires".
Parmi les suites à donner à cette mission, Marcel Jurien de la Gravière a fait savoir qu'un suivi sanitaire serait prochainement effectué sur les populations de Tureia et de Mangareva, qui ont fait l'objet de bilans médicaux avant que les premiers essais ne débutent, et "que le chef de projet" de cette opération devait être "le ministère de la Santé polynésien".
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L'Etat Français toujours aussi intrangisant avec les victimes quand il s'agit de ses "propres" fautes alors que d'autres pays comme les USA, l'Australie, la Grande Bretagne, reconnaissent les incidences de leurs essais depuis 1988 date qui a vu la création d'une loi de reconnaissance et d'indemnistion des victimes ! Et puis l'Etat Français se déclarant toujours juge et partie ! Un bel exemple de justice anti-démocratique !
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20/05/2006
Marcel Jurien de la Gravière fait le bilan de sa mission
(Tahitipresse) - Marcel Jurien de la Gravière, Délégué à la sûreté nucléaire de la Défense, a dressé vendredi à la résidence du haut-commissaire, le bilan de son séjour en Polynésie française. Armé de ses rapports, il a tâché de répondre aux interrogations de la population même si tout le monde n'est pas convaincu, en premier lieu le gouvernement polynésien.
C'est d'une manière décontractée que Marcel Jurien de la Gravière, le délégué à la sûreté nucléaire, a présenté un bilan jugé positif de ses trois jours passés dans l'archipel des Tuamotu-Gambier en clamant haut et fort: "Non, non et non il n'y a pas de conséquences catastrophiques dues au essais nucléaires".
"Je suis satisfait du contact que j ai eu avec la population, les rapports scientifiques ont été entendus et je ne présente que les faits et uniquement les faits". Le délégué à la sûreté nucléaire a toutefois admis que sur les 41 essais atmosphérique, réalisés entre 1966 et 1974, une dizaine avaient eu des retombées, dont six significatives, quoique, selon lui, sans réel danger.
Néanmoins, face aux inquiétudes des populations rencontrées, le délégué à la sûreté nucléaire s'est engagé à ce qu'un suivi médical, abandonné après le démantèlement du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP), soit à nouveau instauré.
Pour évaluer l'impact des retombées radioactives sur la santé des habitants de Tureia (Tuamotu) et de Mangareva (Gambier), proches de l'atoll de Moruroa, celui-ci dispose, en effet, de fiches sanitaires effectuées sur ces populations avant que ne débutent les premiers tirs nucléaires français en Polynésie.
Marcel Jurien de la Gravière a, une nouvelle fois, indiqué que ce suivi devrait être piloté par le ministre de la Santé polynésien, en partenariat avec son homologue de métropole.
Une liste qui se fait attendre
En outre, Marcel Jurien de la Gravière a évoqué la liste des personnels ayant travaillé sur les atolls de Moruroa et Fangataufa, liste que le Conseil d'orientation sur les conséquences des essais nucléaires lui avait demandée. Faute de pouvoir répondre aux attentes des membres dudit conseil, lundi, ceux-ci avaient décidé de boycotter la visite effectuée sur Moruroa.
Le délégué à la sûreté nucléaire a fait savoir qu'il ferait son possible pour obtenir les informations demandées même si les modalités sont, selon lui, compliquées: " Il est très difficile de pouvoir retrouver toutes les personnes présentes en sachant qu'il y avait des militaires, des civils, notamment du personnel de sociétés privées. La Commission nationale informatique et liberté (Cnil) sera saisie pour savoir déjà si des problèmes de confidentialité ne viennent pas compliquer les recherches et savoir qui sera choisi pour réceptionner cette liste. Lorsque toute ces questions auront trouvé leurs réponses nous transmettrons à qui de droit" , a-t-il indiqué.
Marcel Jurien de la Gravière reviendra en Polynésie en octobre prochain pour la suite de sa mission.
C'est vraiment se foutre du monde une telle réponse !
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29/06/2006
40ème anniversaire des essais nucléaires en Polynésie française: le COSCEN se penche sur les conséquences
(Tahitipresse) - La commémoration des 40 ans de la première explosion d'une bombe nucléaire à Moruroa a débuté jeudi matin à la présidence du Pays, par les deux premières cessions du colloque organisé par le Conseil d'Orientation pour le Suivi des conséquences des Essais Nucléaires (COSCEN) présidé par Jacqui Drollet, vice-président du gouvernement de Polynésie française. La première journée des travaux a été suivie par un public nombreux et attentif.
Sous la direction de Pia Hiro, ministre de la santé, la première cession du colloque a donné la parole à des experts internationaux reconnus pour leurs travaux sur les conséquences des irradiations dues aux essais nucléaires sur le génome humain.
La deuxième cession devait permettre à des parlementaires de Polynésie, d'Australie et de Nouvelle-Zélande de présenter les initiatives prises dans leur pays en faveur des droits des victimes des essais nucléaires.
Alors qu'un rapport sur les essais nucléaires a été rendu en mai 2006 lors de la mission du délégué à la sûreté nucléaire de défense, Marcel Jurien de la Gravière, le COSCEN organise un colloque avec des personnalités internationales du monde politique et médicale pour tenter d'établir le lien de causalité entre les essais nucléaires et certains malades polynésiens.
Ainsi lors de la première cession du colloque, c'est le monde médical qui s'est exprimé après un discours introductif de Pia Hiro, ministre de la santé du gouvernement de Polynésie française.
"Que nous cache-t-on encore?"
Celle-ci a rappelé qu'il a 40 ans, la première bombe atomique explosait au-dessus de Tahiti, et qu'entre 1966 à 1974, 46 essais avaient été réalisés. Alors que la France a longtemps déclaré que ses essais étaient "propres", Marcel Jurien de la Gravière révélait récemment que 10 tirs avaient été suivis de retombées significatives. Pia Hiro a posé la question: "Que nous cache-t-on encore que nous devrions découvrir seuls?"
Le corps médical a ensuite pris la parole. Deux intervenants, le Docteur Claude Parmentier et le professeur Al Rowland, ont particulièrement retenu l'attention de l'assistance avec leurs travaux sur l'altération chromosomique pouvant être en relation avec les essais nucléaires.
De telles anomalies ont en effet été révélées chez des Polynésiens atteints de cancer de la thyroïde et chez les vétérans néo-zélandais des essais britanniques en Australie.
Carah Ong a clos cette cession par la présentation de ses travaux sur la reconnaissance juridique, par les Etats-Unis, des maladies provoquées par les essais nucléaires aux îles Marshall. Elle a également rappelé que seuls les Etats-Unis et l'Angleterre avaient jusqu'à présent entamés ce type de reconnaissance juridique ouvrant droit à l'indemnisation des victimes.
Tendre vers un droit des victimes
En l'état actuel, la législation française reste très discrète en matière d'indemnisation des victimes d'essais nucléaires. Ces derniers doivent encore établir, lors d'une procédure longue, et souvent vaine, la preuve scientifique du lien de causalité entre leur état et leur participation ou présence, lors d'expérimentations nucléaires.
Bob Sercombe, intervenant Australien, et Nic Smith, intervenant néo-zélandais, en ont profité pour faire un parallèle avec l'état des dispositions législatives, administratives et financières prises aux Etats-Unis, en Angleterre et en Australie. Ces pays ont en effet prévu des dispositions permettant le suivi et l'indemnisation de leurs ressortissants ayant été exposés aux essais nucléaires.
Le colloque se poursuivra vendredi matin à la présidence avec pour thème de la cession : les pratiques des ONG pour la reconnaissance des droits des victimes des essais nucléaires.
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Essais nucléaires : l'association Moruroa e Tatou demande à l'Etat de l'"écouter"
04/07/2006
(Tahitipresse) - Dans un communiqué, l'association Moruroa e Tatou, qui regroupe d'anciens travailleurs ayant oeuvré sur les sites français d'expérimentations nucléaires, demande à "l'Etat et ses représentants" de "revenir à la raison". L'association estime en effet que le récent colloque sur les conséquences des essais, qui s'est déroulé les 29 et 30 juin derniers, a "apporté des éléments probants qui prouvent" que ces derniers n'étaient pas "propres".
"On peut comprendre que Mme le Haut-Commissaire s'inquiète du travail engagé par les institutions polynésiennes (...) pour se réapproprier l'histoire de 30 ans d'essais nucléaires (...) Aujourd'hui, Mme le Haut-Commissaire, représentante de l'Etat en Polynésie française, doit prendre acte de cette volonté des Polynésiens de faire la vérité sur les essais nucléaires. Car le discours sur les 'essais propres' qui nous a été asséné depuis 1966 par les autorités militaires et l'Etat n'est pas la vérité", indique le communiqué.
"Aujourd'hui, c'est au tour de l'Etat de nous écouter, nous les anciens travailleurs et les victimes de Moruroa. Nous en avons assez qu'on vienne encore nous dire, comme Mme le Haut-Commissaire le déclare, que la nocivité des essais nucléaires n'est pas démontrée. Les experts présents au colloque des 29 et 30 juin ont apporté des éléments probants qui prouvent le contraire. Ils découvrent que même après 20 ou 30 ans, des patients polynésiens conservent dans leurs chromosomes des altérations provoquées par une irradiation ou une contamination".
"L'Etat et ses représentants doivent aujourd'hui ouvrir leurs yeux et leurs oreilles. Ils doivent cesser de s'enfermer dans un discours intenable sur l'innocuité des essais à laquelle personne ne croit (...) La France doit prendre ses responsabilités: la réconciliation avec les Polynésiens après 30 ans d'essais nucléaires est à ce prix", conclut le communiqué.
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Papeete le 20 octobre 2006
COMMUNIQUE
Sur « avis » de l'Etat
En Polynésie, la radioactivité ne concerne ni la santé ni l'environnement
Circulez, jeunes amis Polynésiens de la Science, il n'y a rien à voir, rien à apprendre, rien à comprendre. A Tahiti, les organisateurs de la « la Fête de la Science » viennent purement et simplement d'annuler, quatre jours avant la manifestation, le stand « Radioactivité » proposé et préparé depuis trois mois par le COSCEN sur « avis » des services de la Recherche de l'Etat. Bien sûr, il y a, à la clé, menace implicite sur les subventions.
Le Président de l'Association Moruroa e tatou avec les membres du Conseil d'Administration nous nous indignons : « Il fut un temps où des scientifiques de renom avaient le courage d'affirmer haut et fort leurs conclusions, fruits d'années de travaux personnels et des recherches de leurs laboratoires, sans craindre les pressions politiques ». Ainsi, comme le rappelle la Commission d'enquête de l'Assemblée de Polynésie, le célèbre généticien Jean Rostand s'insurgeait publiquement en ces termes en 1966 : « Les pauvres îles Tuamotu, jusque-là si heureusement paisibles, vont bientôt connaître — parce qu'elles ont l'infortune d'être en territoire français — les effets de la radio-activité à bout portant. Tout ce qu'on croyait avoir gagné sur le « mal biologique », sur les mutations nocives, sur la leucémie, sur le cancer, est remis en cause. Une fois de plus, l'homme va être victime de l'entêtement ou de l'orgueil de quelques-uns. La décadence de l'espèce se poursuivra. Le crime continue. »
Quarante ans après, en Polynésie française, où hélas le « mal biologique » entrevu par Jean Rostand est bien réel, on préfère « fêter » la Science comme les autruches. D'autant qu'on va traiter de « santé et environnement » autour des stands de la Fête! Faut-il comprendre que la « transparence » sur les conséquences des essais nucléaires tant proclamée à Paris par la Ministre de la Défense se prononce « censure » à Tahiti ?
Les organisateurs du « Heiva des sciences » ont pris leur décision alors que, dans quelques jours, la troisième institution du Pays – le Conseil économique, social et culturel représentant la « société civile » polynésienne – va, à son tour, rendre un rapport sur les essais nucléaires. Un silence qui laisse rêveur lorsqu'on connaît les objectifs de l'association organisatrice qui annoncent vouloir « rapprocher la science du citoyen ».
Avec 30 ans d'essais nucléaires, la radioactivité est-elle une simple polémique ou la réalité que dénonce notre Association Moruroa e tatou depuis des années ? Sur « avis » de l'Etat, au lieu d'informer les jeunes Polynésiens, on préfère l'amnésie dans un « cadre festif et ludique ». Serait-on revenu aux temps – les anciens s'en souviennent – où nos jeunes étaient convoqués sur les quais pour couronner, sous les chants et les danses, les amiraux et leurs troupes qui débarquaient en masse pour « faire péter leurs bombes » dont nous mesurons aujourd'hui les conséquences sur notre santé et notre environnement ?
Pour l'Association Moruroa e tatou
Roland Pouira Olham
Président